Délicate situation sur l’île de la réunion…

Nous avons eu l’opportunité de venir sur l’île de la réunion durant les deux premières semaines de Septembre 2020, en tant qu’observateurs libres de la faune insulaire.

Pas de planning précis donc, et une bonne partie du temps consacrée à profiter du lagon, avec quelques sorties au large, encadrées par de bonnes connaissances !

Bien qu’il y ai une présence toute l’année de divers espèces de dauphins, Septembre correspond également à la saison où les baleines à bosses viennent se reproduire, mettre bas et se reposer avant le grand départ vers les eaux du cercle polaire antarctique !

Or cette année, très peu de visite de nos amies à longues pectorales. Avec un pic en 2017, il semble que les baleines viennent de moins en moins chaque année qui passe. Allez savoir pourquoi…Même les centres de recherche de l’île ne le savent pas encore très bien !

Les baleines sentent elles le besoin de reproduction et de mise-bas un peu plus loin, plus au calme de part une présence humaine à proximité du lagon de plus en plus importante ? Certains évoquent aussi un déplacement du plancton lié aux réchauffements des eaux et aux modifications des courants marins ! Mais nous savons que les baleines des ces latitudes viennent se nourrir dans les eaux antarctiques et vivent sur leurs réserves durant leur migration… une théorique qui semble donc ne pas tenir la route…

Des observations plus minutieuses, et sur le long terme, seront donc utiles pour comprendre le changement de destination de ces baleines !

Baleine à bosse © IRT- S. CONEJERO

Il est avant tout très important de savoir que les baleines à bosses, avant 2007, ne venaient pas sur les côtes de la Réunion et que la rencontre, et surtout la proximité et l’interaction de l’Homme et de la Baleine à la réunion sont majoritairement issues d’une curiosité géologique !

En effet, La Réunion, île volcanique « perdue » au milieu de l’indien arbore des fosses océaniques profondes sur la quasi-totalité de son littoral. Pourtant, devant saint gilles les bains, réside un plateau océanique naturel, faisant parti du plateau des Mascareignes, liant Madagascar, la réunion, l’île Maurice, les Seychelles et quelques autres petites îles.

Cette façade maritime Ouest Réunionnaise présente donc une bathymétrie (science de la mesure des profondeurs et du relief de l’océan pour déterminer la topographie du sol de la mer) moins profonde et donc favorable à la reproduction et la mise-bas de l’espèce pour l’apprentissage des petits baleineaux à leur futur long périple vers l’antarctique!

Et c’est tout naturellement dans l’ouest de l’île et autour de Saint Gilles les bains que se concentre donc la station balnéaire et la majorité des activités nautiques de baignade, de part  la présence naturelle de la barrière de corail, située sur ce fameux plateau !

Un endroit donc apprécié des hommes et des baleines !

« La Baleine à bosse, de part son caractère attractif pour le grand public lui confère un rôle d’ambassadeur, permettant d’attirer l’attention sur les enjeux liés à la conservation des écosystèmes et habitats marins » Globice.

Et qui dit caractère attractif, dit tourisme… et parfois de masse… et en particulier avec l’observation des cétacés (whale-watching). Cette dernière activité s’est fortement développée depuis 2008, entraînant en saison de présence des baleines une fréquentation importante du plan d’eau, notamment au large de Saint-Gilles.

Duocean et Oseablue, (nos fameuses bonnes connaissances), font parti de ces centres d’observation de type « whale watching » … mais à quelques notions près !

Car, ce sont des passionnés avant tout, qui vous invitent à observer les cétacés dans leur milieu sauvage, en limitant au  maximum les perturbations de l’homme face aux animaux. Ils mettent  l’accent sur une approche respectueuse, non invasive et une observation passive !

@ Duocéan

D’autres, en revanche, sont moins portés sur le bien être de l’animal et il est toujours possible de louer un bateau de plaisance pour s’en approcher…assez librement d’ailleurs.

Le résultat est, comme vous pouvez l’imaginer, dans des moments de grosse période touristique… catastrophique pour la quiétude des cétacés, car certaines manœuvres sont bien souvent inconsidérées et dangereuses pour les animaux… Abordage, séparation des groupes, poursuite, bruit, harcèlement…etc.

« La Baleine à bosse, considérée par l’UICN comme « Vulnérable » à La Réunion, présente une valeur d’existence propre justifiant à elle seule la mise en œuvre d’actions de conservation. » Globice.

Le gouvernement Réunionnais à donc proposé des mesures, notamment :

– Les observations sont possibles tôt le matin et jusqu’à 9h00  (phase de repos des animaux),  uniquement sous dérogations, qui seront donnés aux professionnels de l’observation passive, respectueuse et non invasive.

– Pas plus de 5 bateaux autour d’un cétacé, que ce soit une baleine ou un dauphin, et à moins de 300 mètres de celui/celle-ci.

L’initiative est bonne mais les résultats sont décevants…

En effet, les contrôles se multiplient, mais uniquement pour les professionnels !! Et ce, tous les jours, plusieurs fois par jours, parfois même lorsque l’observation est en cours et dans des conditions dangereuses pour les animaux (lorsque la gendarmerie maritime fonce sur les spécimens pour aborder les moniteurs agrées et leur demander la fameuse dérogation !).

A l’inverse, le particulier ne semble jamais contrôlé même en multipliant les mauvaises manœuvres…Finalement, l’amende serait elle plus juteuse pour un professionnel qui aurait oublié sa dérogation sur le bureau !??

Quoi qu’il en soit, le 31 décembre 2020, le gouvernement à décidé purement et simplement de stopper ce genre d’observation … sauf !! …si une preuve scientifique permet d’assurer que l’observation passive effectuée par les professionnels ne dérange en rien les comportements des cétacés.

@ Duocéan

Cette décision aura donc pour conséquence logique de la fermeture des structures professionnelles, responsables, et donner libre accès aux plaisanciers plus ou moins conscient de leur comportement (étant donné l’impossibilité de placer un « garde fou » derrière chaque plaisancier.)

Les professionnels se sentent donc logiquement un peu coincées… car comment donner une preuve scientifique lorsque tout est interprétable ! Si vous êtes à l’eau dans en respect total de silence et d’immobilité (telle une souche d’arbre comme aime le préciser Duocéan) et qu’un dauphin change de direction et vient à vous, de sa propre volonté puisque totalement libre, (avec toujours la possibilité de s’éloigner si celui-ci en sent la nécessité) il est humainement logique d’affirmer que l’homme ne perturbe en rien l’animal… pour d’autres, vous avez influencé son comportement …puisque l’animal à changé de direction soit pour venir vous voir , soit pour fuir !

Cela nous semble personnellement un peu extrême ! Car chaque être vivant libre à donc la liberté d’aller à l’encontre d’un autre être vivant libre. C’est le principe de la cohabitation.  Et cette cohabitation libre, peut être absolument passive, on peut le voir avec certains animaux d’Afrique ! Pourtant, pour les professionnels de l’observation passive, l’apport d’une preuve scientifique semble donc difficile à construire à partir du moment où l’animal n’a pas cette capacité à l’énoncer clairement dans notre langage humain…et que tout comportement et sons émis sont donc le fruit d’une interprétation humaine, plus ou moins neutre, en fonction des convictions et des intérêts de chacun.

@ O sea bleu

Cependant et pour proposer une alternative équilibrée en mettant l’accent tout de même sur le bien être de l’animal et donc sur la qualité des observations, les professionnels souhaitent proposer quelques solutions :

  • Bannir les particuliers, « ignorants » des approches et comportements à avoir face à un cétacé.
  • Encadrer la pratique, mêmes entre professionnels, par des licences, des niveaux, des règles, des permis, qui s’appliqueront spécifiquement pour l’approche des cétacés.

L’idée semble intéressante, et permet d’établir clairement l’interdiction ou non d’une approche sans passer par des dérogations …floues et arbitraires. Un particulier et professionnel non formés pourront êtres punis Très sévèrement, puisqu’ils n’ont aucune raison d’être là, sur le dos d’un animal. (En tout cas dans la zone des 300 mètres… une observation étant toujours possible pour tous, au delà des 300 mètres).

Certains professionnels vont plus loin et proposent même la dissolution de cette pratique au monde de la plongée …

En effet, aujourd’hui, le whale watching est géré par la fédération de plongée. Donc “n’importe qui” ayant un monitorat, peut amener des gens à la rencontre des cétacés… !

Or, pour certains, ce devrait être une branche “a part”, car les comportements à avoir vis à vis des cétacés sont très spécifiques et certains moniteur de plongés ne sont pas cétologues ! (Experts en cétacés).

En espérant qu’une « guerre civile » entre fédé de plongée et indépendants n’éclate pas, au risque d’affaiblir le combat des professionnels face au gouvernement, pour sauvegarder cette pratique d’observation consciente et respectueuse.

Néanmoins, nous avons eu le privilège de constater par nous même le comportement des dauphins à notre présence… Certains fuyants, d’autres curieux, et nous vous invitons à constater par vous même… que l’animal reste libre… n’est-ce finalement pas le plus important ?

Voici les quelques vidéos prises lors de nos sorties au large de Saint Gilles les Bains !s

La première : nos observations en surface

La seconde : nos observations subaquatiques

…. Enfin

Merci à tous les insulaires pour leur accueil et particulièrement à Denis et Nico et leur “varange du lagon”… notre “fief” !!

Merci à nos amis et aux moments partagés avec eux sur cette île magique !

Merci aux centres Duocéan et O sea bleu pour leur encadrement, leur sympathie et leurs activités respectueuses.

 

On reviendra

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